Apprendre à créer
arrow_back Retour aux chroniques
EnfantEducation artistique

Apprendre à créer

Par Joëlle Gontier

Joëlle Gonthier est une artiste multimédia dont les conférences performées explorent des problématiques artistiques et sociétales. Elle a conçu en 2006 La Grande Lessive®, une installation artistique éphémère devenue la plus importante œuvre d’art participatif et citoyen en France.

“Les arts contribuent à fonder des civilisations”

L'éducation artistique et culturelle (EAC) N'EST PAS INTÉGRÉE DANS LES "FONDAMENTAUX", EST-CE SI PEU IMPORTANT ?

Les traces délibérées, les symboles et d’autres systèmes mis au point pour communiquer ont précédé l’écriture et les mathématiques. Lire, écrire et compter engagent ainsi le corps et des outils : calames, bâtonnets, plumes, crayons, etc. C’est pourquoi exclure, dès l’école, ce qui a permis de développer la pensée et notre humanité, ne pas le reconnaître en tant que « fondamental », revient à ne retenir qu’une étape dans l’évolution des pratiques humaines et à opérer, de fait, une ségrégation entre des populations qui maîtrisent ou non le « lire, écrire, compter ». Ce point de vue dévalorise par contrecoup toutes les approches qui n’empruntent pas ces voies. Or, nous ne sommes pas des individus à spécialiser dans des tâches définies d’un point de vue politique variable ! Nous avons droit à un autre destin ! L’éducation et les enseignements artistiques sont essentiels à la formation de toutes et tous.

EN QUOI LES PRATIQUES ARTISTIQUES ONT-ELLES UNE FONCTION SOCIALE ?

Si de telles pratiques sont apparues si tôt dans l’histoire de l'humanité, c’est qu’elles permettent de faire société et, plus encore, d’exister seul ou ensemble en laissant œuvrer l'imagination et l’interpersonnel. De plus, les arts se bâtissent sur les arts. De génération en génération, une transmission s’opère. Dans le même temps, en venant au monde, chaque personne a besoin de découvrir cette histoire, mais également de construire son propre cheminement, vers des pratiques imaginées par d’autres, en inventant les siennes. En effet, il y a à « naître à soi-même » par différents moyens, dont ceux disposés par les arts. Le projet est d’interroger la part la plus intime de soi pour concevoir des dispositifs (tableau, chanson, danse, etc.) capables de la mettre en acte avant de les destiner à d’autres personnes qui y liront un écho de leur propre histoire. Les arts contribuent ainsi à fonder des civilisations, multiplier les échanges, ouvrir des perspectives sur le passé, le présent et l’avenir… Leur capacité à développer l’inventivité et, plus encore, la création est essentielle à nos vies. Y attenter, à l’école ou ailleurs, amoindrit notre capacité à penser, ressentir et réagir pour proposer des réponses à toute question, y compris politique.

“La Grande Lessive® demande des pas de côté en regard du quotidien de l’enseignement”

DÉPASSER DES ACTIVITÉS "À LA MANIÈRE DE..." EN CLASSE, UNE NÉCESSITÉ ?

La place du modèle se situe au cœur des pratiques scolaires et résonne en arts. Mais, laisser supposer que regarder la reproduction d’une œuvre d’art permet d’en comprendre les principaux ressorts, et plus encore, de réussir à la réinterpréter génère l’échec. On agglomère des apprentissages : regarder, décoder, imiter, interpréter, peindre... La mission est impossible pour la plupart d’entre nous, à plus forte raison, pour des enfants n’ayant jamais visité un musée ! La solution : mettre en place de véritables enseignements artistiques afin de former les enseignants et enseignantes et les élèves, en leur donnant les moyens d’agir à l’école et durant toute leur vie.

LA GRANDE LESSIVE, UNE EXPÉRIENCE D'EXPOSITION FÉDÉRATRICE ?

La Grande Lessive® est le titre d’une œuvre d’art participatif. Son organisation initie une expérience artistique à la condition de réunir des personnes de plusieurs générations dans la communauté éducative et en-dehors. Cet événement demande des pas de côté en regard du quotidien de l’enseignement. La démarche artistique devient l’objet d’un apprentissage, tout comme l’exposition publique des réalisations en sera un. Ce qui fait « œuvre » est le fait d’agir ensemble à partir d’un même dispositif, un même jour, en inventant à partir d’un même point de départ appelé invitation. L’œuvre résulte du fait qu’un dispositif conçu par une artiste ait été partagé avec une telle ampleur dans le temps et l’espace. Depuis 2006, il y a eu plus de 14 millions de participants dans des milliers de lieux situés dans 131 pays.

Autres chroniques…

Copie de template UDA 2025 300x300 (18).pngDu côté de la recherche
EnfantTICE

“Éduquer les élèves à l'intelligence artificielle”

A l'heure où les études sur l’exposition aux écrans des enfants se multiplient, les inquiétudes face aux évolutions numériques persistent, particulièrement avec l'arrivée de l'intelligence artificielle générative. André Tricot répond sans tabou aux questions de fenêtres-sur-cours à ce sujet dans le spécial "24e Université d'automne". A retrouver également à la fin de cette interview le décryptage du FSC 501 sur "enfants et écrans".

André Tricot
Lire arrow_forward
Copie de template UDA 2025 300x300 (14).pngDu côté de la recherche
EnfantAutres domaines

“AESH, un besoin de reconnaissance”

Si les 143 000 AESH ont su se rendre indispensables au fonctionnement de l’école inclusive, leur métier, marqué par l’indignité salariale et la précarité, reste mal défini et (re)connu. Pourtant, ces personnels ont beaucoup à dire de leurs pratiques et gestes professionnels.

Frédéric Grimaud, Shaynesse Tani
Lire arrow_forward
Copie de template UDA 2025 300x300 (19).pngDu côté de la recherche
EnfantEducation artistique

“Je suis un voyageur de papier”

Édité pour la première fois en 2002, La littérature dès l’alphabet affirmait le principe selon lequel apprendre à lire à l’école c’est bien plus que savoir coder et décoder, que dès les premiers apprentissages il est possible et même nécessaire de contribuer au développement de l'imaginaire, de la sensibilité, de l'intelligence, et des facultés d'expression des enfants devenant élèves. Cet ouvrage de référence sans lequel la littérature de jeunesse s'occuperait peut-être pas de la place qui est la sienne aujourd’hui à l’école vient d’être réédité pour redire, dans un rapport à l’écrit qui a considérablement évolué depuis plus de vingt ans, que lire c’est grandir en liberté.

François Place
Lire arrow_forward