EPS : une ouverture des possible
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EPS : une ouverture des possible

Par Ingrid Verscheure

Ingrid Verscheure est professeure des universités en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès. Elle est l’autrice de « Genre et didactique. Leviers pour déconstruire le genre en classe », Ed. Presses universitaires de Rennes- 2024.

"Aller vers une complexification progressive"

QUELLES SONT LES RÉALITÉS DE LA PRATIQUE DE L'EPS ?

On pourrait dire qu’il s’agit de développer la motricité, l’engagement, avec une place importante des pratiques de référence. Or on constate un glissement vers un « gigotage », en particulier sous l’influence des injonctions sur les activités physiques quotidiennes. Les enfants transpirent mais sans que cela ne relève de savoirs. L’EPS ne doit pas devenir une discipline de service, mais rester une discipline de cœur, une EPS de qualité pour former des enfants physiquement éduqués. Et il existe une méconnaissance de ce qu’est l’EPS en lien avec le manque de formation. Ainsi, on va penser à l’objectif d’apprendre à coopérer, à juste titre, mais les questions des transformations motrices ou de l’engagement de soi sont peu envisagées. Que fait-on du travail sur les capacités à définir une stratégie, à pouvoir communiquer et s’impliquer autour d’un objectif à atteindre, personnel ou commun, avec une focale sur l’enjeu du corps ?

POURQUOI S'APPUYER SUR UNE PRATIQUE SOCIALE DE RÉFÉRENCE ?

Le fait de s’appuyer sur une pratique sociale de référence permet aux enfants de se situer dans un espace, dans une société. Cela participe à la construction d’une compréhension de ce que l’on fait et pourquoi on le fait. L’enseignant, l’enseignante, a le rôle d’adapter l’activité de référence pour qu’elle soit enseignée. Par exemple, en volley on va prendre un ballon moins dur, on va varier les règles, les temps, pour permettre d’agir à l’instant T mais tout en offrant une perspective de vers quoi il faut aller. Cela n’empêche pas par ailleurs l’invention de nouvelles pratiques mais la pratique de référence participe à former des citoyens et citoyennes, elle renvoie à une culture avec une volonté de s’y inscrire.

“Ce sont les connaissances didactiques qui vont permettre d’atténuer les effets des stéréotypes”

EN QUOI L'EPS PEUT-ELLE PARTICIPER À LUTTER CONTRE LES INÉGALITÉS ?

L’école est pour certains et certaines, le seul lieu d’une pratique d’activité physique qui autrement concerne davantage les enfants de milieux favorisés et les garçons. Il est rare par exemple que les filles aient régulièrement tapé dans un ballon avant d'arriver à l’école maternelle, ce qui crée des inégalités de départ dans les gestes moteurs. Le lancer est également un geste très inégalitaire : les filles, peu habituées, lancent souvent par en dessous. Alors, l’EPS permet une ouverture des possibles en découvrant diverses activités. Enseigner le rugby ou la danse à toutes et tous, ou des activités plus neutres telles que le volley ou le cirque, vise à éviter la reproduction d’une construction culturelle longue et ancrée. En revanche, cela nécessite une vraie formation, car ce sont les connaissances didactiques qui vont permettre d’atténuer les effets des stéréotypes.

QUELS SONT LES GESTES PROFESSIONNELS PERMETTANT LES PROGRÈS DES ÉLÈVES ?

Il y a deux grands temps utiles : la phase de conception et la phase d’intervention. Plus cette seconde phase est anticipée, plus les régulations proposées par l’observation in situ seront pertinentes. De même, les situations de jeux collectifs ne peuvent se restreindre à des techniques, elles s’inscrivent en appui à des situations de matchs ou de jeux. Il ne faut pas hésiter non plus à proposer des situations récurrentes, cela n’est pas contre productif ! On peut aller vers une complexification progressive qui laisse du temps aux élèves pour se transformer. Les moments d’institutionnalisation sont également importants : rendre public, en classe, ce qu’il y avait à faire. Un échange qui se construit par une interrogation de type : qu’est-ce qu’on a appris aujourd’hui ? De même, les analyses partagées favorisent une appropriation par toutes et tous : identifier les difficultés, définir ensemble les gestes justes - moteurs ou stratégiques-, revenir sur l’action voire anticiper les séquences suivantes. Tout cela nécessite évidemment des expériences collaboratives, de la formation faisant vivre les pratiques. Mais il importe de ne pas perdre de vue qu’une autre EPS est possible !

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