VOUS PARLEZ D’ÉDUCATION VERTE, POURQUOI ?
L’éducation verte est un terme utilisé dans d’autres pays et par des instances internationales comme l’Unesco. Il ne s’agit pas simplement de « verdir » l’école, les programmes ou les pratiques, même si c’est nécessaire, mais de réfléchir aux finalités mêmes de l’éducation. Autrement dit : pour quel monde éduquons-nous ? Nous sommes dans une période inédite où nous ne savons pas comment sera la société de demain, c’est un déÿ , en particulier pour tout enseignant, parent, citoyen.
L’école a une mission de transmission, mais elle ne peut s’y limiter. Elle doit interroger notre rapport au vivant, notre conception du progrès et la place de la coopération. Elle doit aussi former à la responsabilité, à la solidarité et à l’esprit critique, pour donner aux enfants les moyens non seulement de vivre dans le monde de demain, mais aussi de le construire.
À QUELS ENJEUX FAUT-IL RÉPONDRE ?
D’abord, faire face à l’urgence climatique. Les derniers épisodes de canicule ont montré à quel point le bâti scolaire est inadapté et combien enseigner peut parfois devenir di˝ cile. Le climat n’est plus seulement au programme de l’école, il entre dans les salles de classe. La baisse annoncée du financement par l’État de la rénovation thermique du bâti scolaire est donc particulièrement préoccupante.
Le second enjeu concerne les pratiques enseignantes. Il ne suffit pas d’inciter les enseignants à sortir parce qu’il fait chaud. Faire classe dehors n’est pas émancipateur en soi, tout dépend de ce qu’on y fait et des finalités qu’on lui donne. Formation et accompagnement sont donc indispensables.
Plus largement, il n’y aura pas de transition écologique durable sans transition éducative. L’école fonctionne encore largement selon un modèle hérité de l’ère industrielle : abondance des ressources, croissance inÿ nie, spécialisation, compétition individuelle. Face à l’incertitude du monde de demain et à la transformation rapide des savoirs, il est primordial de développer la créativité, la curiosité, l’esprit critique et la coopération. Former aujourd’hui, ce n’est pas transmettre des certitudes, c’est préparer à l’incertitude.
“Donner aux enfants les moyens non seulement de vivre dans le monde de demain, mais aussi de le construire”
UNE REFONTE GLOBALE EST-ELLE NÉCESSAIRE ?
L’école mérite mieux qu’une accumulation de réformes sans vision d’ensemble. Elle doit permettre aux élèves de comprendre la complexité du monde dans lequel ils vivent, d’y exercer leur citoyenneté, de prendre conscience qu’ils appartiennent à un écosystème et de disposer des clés pour comprendre et agir. Ensuite, l’éducation verte n’est pas hors-sol : elle doit être ouverte sur son territoire, elle implique le périscolaire, les parents, les collectivités, les politiques publiques et, plus largement, la société.
Des initiatives existent déjà : des cours d’école végétalisées ouvertes à la population le soir et le week-end, ou des jardins entretenus par les parents pendant les vacances. Ces actions tissent des liens entre les différents acteurs et font de l’école, ce qu’elle doit être, un bien commun. Mais elles dépendent encore trop des dynamiques locales, avec de fortes inégalités territoriales.
QUE FAIRE CONCRÈTEMENT EN CLASSE ?
Investir la cour permet déjà de reconnecter l’école au monde réel et au vivant, et de donner du sens aux apprentissages. Faire classe dehors, avec des objectifs pédagogiques précis, favorise les pédagogies actives, la coopération, l’observation et l'expérimentation, tout en laissant davantage de place aux centres d’intérêt des enfants.
Si l’on fait dehors exactement ce que l’on faisait dedans, on a changé le décor, pas la pédagogie. Un arbre, par exemple, permet de travailler les mathématiques en le mesurant, les sciences en l’observant, le langage en le décrivant, mais aussi le climat ou la géographie. L’éducation verte recherche un équilibre entre les dimensions intellectuelle, corporelle et émotionnelle. À travers des projets concrets sur l’alimentation, le vivant ou l’aménagement des espaces, les élèves observent, expérimentent, coopèrent et agissent. Il ne s’agit plus seulement de les sensibiliser à l'environnement, mais de leur permettre d’en comprendre les interdépendances et de devenir acteurs d’un projet collectif.



