“Un tableau factuel du monde”
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Découverte du monde

“Un tableau factuel du monde”

Par Elsa Filâtre

QUELLE ÉVOLUTION DU PROGRAMME DE GÉOGRAPHIE ?

Même si des thèmes subsistent, la structuration du programme de CM1/CM2 autour du concept d’habiter est abandonnée au profit d’un tableau factuel du monde, centré sur les localisations. On y livre un état du monde censé dire le réel à travers le récit du maître. Des mots de sens commun comme « ville/campagne » se substituent aux notions géographiques « rural, urbain et péri-urbain ». Traitées à l’échelle des pays riches et pauvres, avec des généralisations abusives, les réalités sociologiques locales et complexes de la malnutrition sont par exemple effacées. Cette perspective est en rupture avec les acquis universitaires où l’espace n’est pas figé mais pris dans un processus dynamique entre acteurs sociaux et espace perçu. Car l’espace n’a de sens que dans une temporalité vécue, ce dont rendait compte le programme de 2015 avec un enfant-acteur au centre, porteur de représentations sociales. En les supprimant, la géographie est dépolitisée au profit d’une vision très franco-centrée, avec une Europe appréhendée d’un point de vue géopolitique. Il reste cependant des interstices pour concevoir des projets à partir de l’expérience vécue des élèves.

UNE ÉDUCATION À LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE RENFORCÉE ?

Non, même si un travail spécifique est proposé sur l’eau en CM2, l’idée est de constater les inégalités d’accès mais sans visée prospective. C’est celle-ci qui invitait les élèves à concevoir leur éco-quartier ou proposait une éducation aux choix à travers le thème « consommer ». Le lien entre géographie et éducation citoyenne à la transition écologique, central dans les textes précédents, est affaibli. Même en 6e, l’accent est mis sur les contraintes naturelles et donne l’impression que l’humanité subit la nature, comme si l’homme n’était pas responsable mais victime. Les problématiques sont traitées à des échelles qui n’interrogent pas les acteurs sociaux. À l’école, la dimension anthropique du changement climatique est évacuée. Penser que les élèves ou les PE ne sont pas capables de l’aborder et de la comprendre est une erreur. Même en maternelle, il n’y a pas d’obstacle cognitif à construire une éducation à l’environnement. Et la polyvalence du métier est un atout à l’école pour lier sciences, EMC et histoire-géographie au sein de projets qui éduquent à la transition écologique.